11 janvier 2011
Une armée moins muette, mais sourde?
Au Canada, l'armée a reconnu ses soldats transsexuels au mois de décembre, et s'apprête à présenter des excuses aux Mohawks pour avoir décrit, il y a quelques années, la Mohawk Warrior Society comme "une organisation radicale d'insurgés". Son refus de mettre en œuvre certaines recommandations officielles destinées à mieux traiter les familles de militaires morts en service passe d'autant plus mal.
RÉAGISSEZ, REBONDISSEZ ! Que pensez-vous de cette mesure ? L'armée canadienne fait-elle bien de mettre les choses au clair ? A-t-elle tort ? Quel est le statut des soldats transsexuels en Suisse ? Avez-vous entendu parler de cas ? Des histoires à raconter ?

Photo : Forces canadiennes
« Un transsexuel est une personne qui a un besoin psychologique d'appartenir ou de s'identifier au sexe opposé et de vivre sa vie en tant que membre de ce sexe. » Le terme transsexuel « peut aussi être utilisé pour décrire des gens qui, sans faire l'objet de traitements médicaux, s'identifient et vivent leur vie à temps plein » comme une personne de l'autre sexe. « Un membre transsexuel devrait s'habiller de manière cohérente avec le sexe auquel il s'identifie » et s'attendre à ce qu'on le traite « avec un maximum de respect et confidentialité ».
Telles sont les nouvelles définitions et directives que l'on peut lire au chapitre 34 du manuel administratif de la Défense canadienne, intitulé « Gestion du personnel transsexuel des forces canadiennes », a révélé La Presse en fin d'année... Un sacré progrès, si l'on considère que les premiers « cas » publics de soldats transsexuels sont apparus il y a dix ans !
Bon, je ne vous cacherai pas, comme l'a d'ailleurs souligné Scott Taylor, rédacteur en chef du magazine spécialisé Esprit de Corps (!), que ce nouveau chapitre ne fait pas que des heureux, chez les soldats. Pour tout vous dire, il semblerait même qu'un ou deux gros bras garants d'une certaine hypervirilité aient manqué de s'étouffer (s'étripper ?) en lisant ces quelques paragraphes « politiquement corrects » dictés par un commandement « déconnecté »... Mais honnêtement, qui en aurait douté ?
Interrogé à ce propos par mon confrère de La Presse Hugo de Grandpré, Yvan Couture, à la tête du directorat des droits de la personne et de la diversité des Forces armées, se veut philosophe :
« Les gens ont peur du changement. Mais quand ils réalisent que du monde, ça reste du monde... Il y a des transsexuels qui ont passé à travers leurs opérations et qui servent encore dans les Forces. Oui, il y a un moment de choc et d'incompréhension. Mais après un bout de temps, c'est juste une autre personne dans le bureau. »
L'armée canadienne est donc sans doute une grande famille, à présent.
Sauf qu'elle n'est pas toujours très "familles", si j'ose dire.
En refusant de prendre en compte les principales recommandations de Pierre Daigle, médiateur de la Défense nationale et des forces armées, destinées à mieux traiter les proches de militaires morts en service, l'institution ressort en effet ses vieilles manies.
Comme le révèle la dernière enquête du médiateur (ou ombudsman, comme on l'appelle ici), réalisée en 2009, malgré des appels répétés en ce sens depuis plus de cinq ans, les familles de militaires morts sur le champ de bataille n'obtiennent que très difficilement le soutien et les renseignements nécessaires pour faire leur travail de deuil. Plusieurs cas sont, ainsi, jugés "particulièrement troublants", dont celui de trois parents qui cherchent des réponses sur les décès de leurs enfants, et celui de deux veuves qui sont toujours tenues dans l'ignorance sur la façon dont leurs maris sont morts.
Vous me direz : ça pourrait arriver dans n'importe quelle armée ! Sans doute, mais...
Le motif du coup de sang de l'ombudsman est le refus du ministère d'accorder aux membres des familles un siège permanent au sein des commissions d'enquête portant sur la mort ou sur les blessures graves d'un être cher. « C'est la quatrième fois que je soumets à l’attention du ministre ces questions très troublantes sur le plan humain. [Le manque de réaction politique est encore] plus décevant quand on prend en considération que les changements nécessaires pour traiter les familles de militaires avec dignité et compassion ne coûteraient rien », a confié Pierre Daigle à Radio-Canada.
Moi je dis, en bête (mais pas méchant) "communiquant" : monsieur le ministre, a fortiori au moment ou un sale plaisantin s'amuse à appeler des femmes de soldats pour leur annoncer - à tort - la mort de leur mari au combat, des mesures de soutien aux familles qui ne coûtent rien sont forcément de bonnes mesures, non ?
Réponse ici.
---
Gary Drechou | rebondire@gmail.com
19:31 Publié dans Associations, Formation, Genève, Histoire, Images, Médias, Monde, Par Gary Drechou (Canada), Politique, Résistance, Solidarité, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : armée, défense, forces canadiennes, transsexuels, soldats, mohawks, yvan couture, pierre daigle, rapport, ombudsman, familles, peter mackay, victimes



Commentaires
L'armée est un institution très "macho" et traditionaliste .. c'est suprenant qu'ils reconnaissent ainsi la sexualité de leurs soldats... et surtout encourageant.
Ecrit par : Rami | 16 janvier 2011
Écrire un commentaire
NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.