07 janvier 2011
Musky : l'éco-design à la vie, à la mode
Béatrice Calmel, alias Musky, est créatrice de mode écologique. Originaire d'Onex, près de Genève, elle est tombée amoureuse du Québec. Rencontre à Montréal, sur le boulevard Saint-Laurent.
RÉAGISSEZ, REBONDISSEZ ! Seriez-vous prêt(e) à acheter des vêtements créés à partir de tissus recyclés ? Pouvez-vous citer un créateur de mode suisse ? Vous sentez-vous limité(e) dans vos choix de tenues pour aller au bureau ? Regardé(e) de bas en haut si vous osez sortir du lot ? Sommes-nous trop coincés ? Trop dévergondés ?
"La première fois que j'ai marché sur la rue Saint-Denis, en 1998, je me suis sentie tellement à l'aise que j'ai dit : voilà mon salon !" La chaleur conviviale de Montréal est effectivement envoûtante. Alors que le crissement gelé de chaque pas sur la neige accompagne les regards vers les vitrines des boutiques de mode, le nouvel arrivant ne peut qu'être surpris par l'audace et l'énergie artistique des collections présentées.
L'appel à la liberté est si fort qu'en octobre 2000, Musky s'évade pour la métropole québécoise et ouvre sa première boutique, au n°3917 de la rue Saint-Denis. Il n'y avait pas encore d'éco dans le design à ce moment-là : "On trouvait parfois quelques matières recyclées, mais les gens n'étaient pas prêts, même ici."
En Suisse non plus visiblement, puisque l'éco-design n'existe toujours pas aujourd'hui. Même la mode tout court y est trop sage pour Musky. "À Genève il faut ressembler à tout le monde. On cherche à passer inaperçu et à se fondre dans la masse. Les gens t'observent dans tous les sens. Mais quand j'y retourne je m'en fous, limite je fais exprès (rires) !"
Le virage vert s'est imposé à la Genevoise après une grave chute à vélo en 2003, à Montréal. Pendant ses quatre ans de convalescence, Musky entame une remise en question et repart de zéro dans son entreprise. "Ç'a été une chance énorme, quelque part", explique la créatrice. "Devenir éco, c'était normal pour moi. Je pouvais enfin suivre mes convictions. Avec l'appui de La Gaillarde et d'autres éco-designers qui se sont lancés en même temps, c'est allé tout seul."
Le rêve américain de Musky a de quoi enthousiasmer. Avant, elle était Béatrice Calmel, technicienne en aménagement du territoire à l'état de Genève. L'urbanisme côtoyait déjà la mode : les anciens ateliers d'Hispano-Suiza aux Charmilles ont abrité les premières confections de l'artiste. "Le fabriquant de machines à coudre Elna était en face, c'était l'idéal", se souvient-elle. Mais ce double emploi du temps n'était pas acceptable pour son patron : "Mon deuxième défilé au Bain des Pâquis, avec 6 stylistes, m'a valu des ennuis. On m'a gentiment fait comprendre qu'entre mon poste et la mode, il fallait choisir. C'est là que j'ai pris le nom de Musky."
À Montréal, une telle situation est inimaginable. Le travail y est beaucoup plus flexible. Être indépendant et multiplier les activités ne pose pas de problème. Surtout, les Québécois aiment ses collections. "Acheter et porter des vêtements de créateurs demande beaucoup de courage. Ici, les gens sortent leur argent pour soutenir l'économie des artisans. Tandis que le Genevois est un protestant, qui ne dépense pas pour le paraître. Il a les moyens, mais pas pour ça."
Douloureux, les souvenirs de Suisse ? Musky n'oublie pas ses racines et tempère les défauts qui l'ont poussée à partir. "Il y a trop de codes et trop de dogmes chez nous, mais notre démocratie est géniale. Des gens complètement différents se sont réunis il y a 700 ans pour se démerder tous seuls. Il ne faut pas oublier tout ce qu'ils ont fait."
Si elle y revient toujours avec plaisir pour faire "le plein d'amour" auprès de sa famille et de ses amis, Musky n'ouvrira pas de boutique d'éco-design à Genève. Il y a le souci de rester à l'échelle locale (pour elle, les vêtements doivent être créés à l'endroit où ils sont vendus), d'une part, mais aussi - on y revient - le problème de mentalité. La ville du bout du Léman est pourtant (ou)verte... Aurait-on peur de passer pour un clodo avec de la friperie sur le dos ? "Pas question. Mon étiquette n'est pas babacool ou hippie. J'ai voulu montrer qu'on peut être classe avec des habits recyclés. L'éco-design, c'est plus qu'une mode : un mode de vie."
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L'éco-design de Musky repose sur des choix écologiques à tous les niveaux. Les déplacements sont effectués à vélo à 90% et se font dans un périmètre de 10 km, ce qui est très réduit pour une ville de la taille de Montréal ; l'atelier est équipé de mobilier recyclé et fonctionne à l'électricité verte ; enfin, bien sûr, tous les tissus qui servent à confectionner les vêtements sont recyclés. Un nettoyage spécial en plusieurs phases assure la désinfection et l'élimination des impuretés.
Pour tout savoir sur Musky, cliquez ici.


07:24 Publié dans Associations, Commerce, Développement durable, Economie, Femmes, Genève, Monde, Nature, Par Gilles Rossel (Suisse), Portraits / Interviews, Société - People, Solidarité, Suisse, Voyages | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : musky, béatrice calmel, rebonds, gilles rossel, québec, mode, écologie, genève, montréal, éco-design, défilés, stylisme, la gaillarde




Commentaires
En complément, je vous suggère cet article de David Girod, paru en 2002 dans "Bilan" : PASSION LES JEUNES CRÉATEURS DE MODE / Trop petit, très conservateur, le marché romand de la mode mène la vie dure aux jeunes créateurs, pourtant aussi nombreux que talentueux. Analyse et portraits de valeurs montantes. À lire à cette adresse : http://archives.bilan.ch/BI/BILAN/actualite/article-2002-12-16/passion-les-jeunes-createurs-de-mode
Ecrit par : Gary | 07 janvier 2011
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