16 janvier 2011
Mort de soldats et familles désarmées
Six jeunes soldats suisses trouvaient la mort à la Jungfrau en juillet 2007. Un an plus tard, en juin 2008, cinq autres hommes périssaient dans les eaux de la Kander. Retour sur deux drames qui ont fortement ébranlé l'armée helvétique et, surtout, les familles des victimes.
RÉAGISSEZ, REBONDISSEZ ! Qu'avez-vous pensé des procès liés aux drames de la Jungfrau et de la Kander ? L'armée a-t-elle été suffisamment transparente ? Devrait-on donner plus de poids aux familles des victimes, dans ce genre de situation ?

L'armée est au centre des débats, cette semaine. Les armes et leur violence, plus exactement. En ce début 2011, les partis politiques et les médias suisses défrichent le terrain en vue de la votation du 13 février, date à laquelle les Helvètes décideront si, entre autres, leur tradition des pétoires à domicile passera à la trappe.
Drame familial ? Il y a un peu de ça : nombreux sont les foyers suisses abritant une "femme du soldat" sous leur toit. Une curiosité bien connue à l'étranger, outre nos chocolats, nos banques et nos montagnes évidemment ! Hélas, nos ménages pourraient bientôt mener grand deuil...
Mais trêve de persiflages. Revenons aux drames, bien réels, que vivent ces foyers canadiens qui perdent un proche au combat, parfois sans même être tenus informés des circonstances exactes de sa mort. Nous en avons parlé dans le précédent billet - signé Gary Drechou - et posions une simple question : pourquoi les commissions d'enquête des Forces canadiennes ferment-elles souvent leurs portes aux familles et les laissent-elles dans le flou ?
Ce n'est pas notre problème, pourrait-on répondre au bord du Léman. Nos familles de soldats ne sont que très rarement confrontées à des situations comme celles-là. Notre armée de milice, en tant qu'institution neutre et en temps de paix, n'a pas pour mission d'exposer ses hommes à la mort. Et pourtant... En 2007, le terrible drame de la Jungfrau engloutissait six militaires dans une avalanche. Une année plus tard seulement, cinq soldats se noyaient dans la rivière Kander. Tristes souvenirs, et pas si lointains.
Pour les proches des victimes, l'enjeu était le même. Il s'agissait de savoir, le plus rapidement possible, où et comment les tragédies avaient eu lieu, qui étaient les soldats décédés, et, surtout, s'il y avait des responsables. C'est là que le bât blesse. Les familles n'ont pas eu voix au chapitre pendant les procès : impossible de se porter partie civile dans le cadre du jugement d'un accident militaire assumé par l'état. Et comme si ça ne suffisait pas, la procédure est terriblement longue.
Plus de deux ans après le drame, la Tribune de Genève donnait la parole aux parents d'une victime de la Jungfrau : "Nous ne pourrons rien dire. Tout juste aurons-nous le droit d’écouter, comme des tableaux suspendus dans une salle." Claude et Evelyne Janz avaient accepté de s'exprimer pour "sensibiliser l’opinion publique sur le manque de respect de l’armée à l’égard des familles". Après 28 mois, les parents endeuillés n'avaient reçu ni excuses, ni l'intégralité du soutien financier promis.
L'Hebdo précisait toutefois que les familles pouvaient accéder aux dossiers de l'enquête, et étaient en droit de recevoir 800'000 francs de la part de la Confédération, à titre de dédommagement. Le fin mot de l'histoire a été révélé par la Télévision Suisse Romande en mars 2010 : la hiérarchie de l'armée n'a jamais été inquiétée et les deux guides ont été entièrement acquittés. Dans le cas de l'accident sur la Kander, le capitaine responsable a écopé de 18 mois avec sursis.
Injuste ? Qui suis-je pour le dire. Les jugements auraient-ils été différents si les familles avaient pu parler ? Idem. Néanmoins, de la même manière que l'ombudsman des Forces canadiennes se bat pour que les familles de soldats morts au combat obtiennent un siège permanent dans les commissioins d'enquête, l'avocat et Conseiller national Christian Lüscher veut donner la parole aux proches. Tout juste après le verdict de la Jungfrau, il avait déposé une motion au Parlement en faveur de "l'extension des droits des lésés dans la procédure pénale militaire". C'était il y a presque un an. Or, le débat n'a toujours pas eu lieu sous la coupole fédérale...
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Gilles Rossel | rebondire@gmail.com
20:34 Publié dans Associations, Formation, Genève, Histoire, Médias, Monde, Nature, Par Gilles Rossel (Suisse), Politique, Région, Résistance, Société - People, Solidarité, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : armée, deuil, drame, familles, victimes, injustice, enquête, jungfrau, kander, suisse, accident, procès, morts



Commentaires
j'avais demandé qu'en souvenir de ces nombreuses recrues décédées l'armée mette un encart dans la presse, voeux réalisé ,me battant pour que soit honorée la mémoire de nos mobards et me souvenant avec tristesse de tous ces jeunes morts lors d'écoles de recrues comme chez nous en 1960,je suis peut-être la seule romande à avoir aussi envoyé un dessert à Payerne aux éléves pilotes en souvenir de leurs camarades morts ,il est bon de s'en souvenir,les familles ont besoin d'être soutenues moralement et vous faites bien d'en parler!
bone soirée à vous!
Ecrit par : lovsmeralda | 17 janvier 2011
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